Écriture inclusive : l’ACL prend position Gender-inclusive writing: CLA position statement
Communiqué de presse, 1er octobre 2025
L’Association canadienne de linguistique (ACL) encourage le gouvernement du Québec à reconsidérer son décret visant à interdire l’usage de certaines formes d’écriture inclusive, spécifiquement le pronom « iel », le mot « toustes » et le point médian.
Si l’ACL reconnaît l’utilité de lignes directrices adaptées aux communications officielles, l’interdiction de certains usages - comme le pronom « iel » - constitue une erreur grave. Cette mesure ne repose sur aucun fondement scientifique, va au delà de la non-recommandation d’usage de ce pronom émise par l’Office québécois de la langue française (OQLF) et semble même contredire certains travaux auxquels cet organisme a participé. De plus, cette interdiction va à l’encontre de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec, qui reconnaît l’expression de genre comme motif de discrimination interdit.
L’ACL invite le gouvernement du Québec à consulter des linguistes afin que leurs décisions s’appuient sur leur expertise et la recherche plutôt que sur des idées reçues. Le changement linguistique est une composante intrinsèque des langues vivantes : de nouveaux mots apparaissent constamment afin de nommer diverses réalités, et cela contribue à la vitalité linguistique. L’OQLF a d’ailleurs souvent proposé des mots qui se sont imposés dans l’usage québécois et qui se sont parfois généralisés au sein de la francophonie (par exemple, courriel).
Bien que le gouvernement du Québec ait confirmé le maintien de la rédaction épicène, l’imposition de restrictions gouvernementales autour de l’écriture inclusive limite la liberté d’expression et la liberté académique, et touche particulièrement les personnes issues des communautés de la diversité sexuelle et de genre. Ces dispositions renforcent leur exclusion au lieu de respecter leurs droits qui sont pourtant garantis par la législation québécoise et canadienne.
Rendre la langue française inclusive de la diversité de genre, c’est la rendre plus accueillante pour l’ensemble de la population. C’est aussi donner au Québec l’occasion de maintenir son avance historique comme leader mondial de la francophonie en matière d’égalité des genres.
Citation :
Si l’inquiétude du gouvernement québécois est si grande au sujet de l’écriture inclusive, pourquoi ne pas s’outiller comme pour les questions de féminisation de la langue française au Québec durant les années 1980 ? L’Association canadienne de linguistique offre son expertise dans ce mouvement vers une langue vraiment inclusive.
Julie Auger, Ph.D. (pres@cla-acl.ca), présidente de l’Association canadienne de linguistique et professeure de sociolinguistique à l’Université de Montréal
Faits saillants :
- Des guides d’écriture inclusive existent déjà et sont régulièrement mis à jour. Ils proposent des recommandations concrètes, par exemple pour désigner des groupes mixtes et des personnes non-binaires, et reflètent l’évolution naturelle des usages.
- Les guides de langue inclusive recensent de nombreuses stratégies entre lesquelles on peut choisir. L’utilisation des formes visées par le décret récent n’est pas essentielle, mais elle ne doit pas être interdite.
- L’Office québécois de la langue française (OQLF) suggère certains styles rédactionnels, mais ces recommandations n’ont jamais eu valeur d’interdiction. Le choix d'un style de rédaction ne devrait pas équivaloir à une restriction de la liberté d’expression linguistique.
Liens connexess :
- Désigner les personnes personnes non binaires, Office québécois de la langue française
- Québec bannit les néologismes comme « iel » du vocabulaire de l’État, Radio-Canada
- Plan d’action gouvernemental de lutte contre l’homophobie et la transphobie 2023-2028, Gouvernement du Québec
- L’écriture inclusive sous la loupe de la science, Radio-Canada
Press release, October 1, 2025
The Canadian Linguistic Association (CLA) is calling on the Government of Québec to reconsider its decree banning forms of gender-inclusive writing, specifically the inclusive pronoun “iel”, the word “toustes” and the interpoint.
While the CLA acknowledges the value of clear style guidelines for official communications, banning certain usages - such as the inclusive pronoun “iel” in French - is a serious mistake. This measure has no scientific basis, exceeds the recommendations of the Office québécois de la langue française (OQLF) regarding the usage of nonbinary neologisms, and even appears to contradict certain studies in which the OLFQ participated. It also runs counter to Québec’s Charter of Human Rights and Freedoms, which prohibits discrimination on the basis of gender expression.
The CLA calls on the Québec government to consult linguistic experts so that decisions about language are grounded in research rather than preconceived notions. Language change is intrinsic to living languages: new words are constantly coined to reflect new realities and social changes, which brings vitality to language. The OQLF has often proposed words that have become established in Québec usage and have then spread throughout the French-speaking world (for example, courriel).
Although the Government of Québec continues to promote the use of other gender-neutral writing strategies, imposing restrictions on inclusive writing undermines freedom of expression and academic freedom, and disproportionately impacts people from sexually and gender-diverse communities. Instead of affirming their rights as protected in provincial and federal legislation, these measures reinforce exclusion.
Making French inclusive of gender diversity is about more than language - it is about making French a space of belonging for all. It is also an opportunity for Québec to build on its historic advance as a world leader for gender equality in the French-speaking world.
Quote:
If the Québec government is truly concerned about inclusive writing, it can draw on tools that were developed during the debates on the feminization of French in the 1980s. The Canadian Linguistic Association stands ready to share its expertise in the movement towards truly inclusive language.
Julie Auger, Ph.D. (pres@cla-acl.ca), President of the Canadian Linguistic Association and Professor of Sociolinguistics at Université de Montréal
Quick facts:
- Guides on inclusive writing in French already exist and are regularly updated. They provide concrete recommendations and reflect the social evolution of language use.
- Inclusive language guides list numerous strategies to choose from. While the use of forms banned by the recent decree is not essential, it should not be prohibited.
- The Office québécois de la langue française (OQLF) suggests certain stylistic approaches, but these have never carried the force of prohibition. Choosing a style should not amount to restricting linguistic freedom of expression.
Associated links:
- Désigner les personnes personnes non binaires, Office québécois de la langue française
- Quebec to ban gender-inclusive French writing in government communication, CBC
- Quebec banning use of gender-neutral inclusive language in all official communications, CTV News
- Quebec government bans gender-neutral pronouns in all official communications, The Canadian Press
- Plan d’action gouvernemental de lutte contre l’homophobie et la transphobie 2023-2028, Gouvernement du Québec



